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Un parcours peu orthodoxe : de l’orthodontie à la Sorbonne

D 31 janvier 2015     H 22:35     A     C 0 messages


Cela avait toujours été très clair dans ma tête. La bouche encore remplie de bagues en fer, j’avais décidé de devenir plus tard orthodontiste. « Pourquoi ? » était la question que j’entendais à tout bout de champ. Je justifiais cette idée par mon goût pour le travail manuel. Peut-être y voyais-je aussi l’attrait du gain et de la vengeance : j’allais faire souffrir des jeunes comme j’avais souffert.

Pour devenir orthodontiste, il fallait, bien entendu, passer la première année de médecine, faire les six années pour être dentiste, et se spécialiser encore durant trois ans. Pas de problème : bac S, mention, go. L’anatomie, la biologie, la biochimie, etc., passionnant ! C’est autre chose quand je vois mes résultats : je ne suis pas dernière, je ne suis pas première non plus. Premier échec. Impossible à avaler. La peur bleue que cela recommence lors du redoublement me dévore. Alors, en hâte, il faut que je change. Rester dans le milieu dentaire, c’est sûrement ce qu’il y a de mieux à faire : je serai prothésiste. Le souci étant que dans cette formation, il faut refaire un bac spécialisé. J’hésite, je fais un stage dans le domaine, tout est minutieux, on a la matière entre les doigts, pas mal de connaissances précises à acquérir et du dessin morphologique. Je m’engage là-dedans, tout en ayant horriblement honte lorsque les gens me demandent : « Quelles études fais-tu ? ». Un autre bac… un bac pro… C’est comme une dégringolade, et pourtant le travail professionnel est énorme. J’obtiens mon deuxième bac. Je pars en BTS à Paris, toujours en prothèse dentaire. Tout se passe bien. Oui… sauf que je suis malade chaque matin à l’idée de retrouver le laboratoire. Ce que j’avais apprécié me dégoûte désormais. Les heures me semblent des années. Je m’applique pour réussir, mais c’est une punition, répétée cinq jours par semaine.

D’autant plus que depuis la première année de médecine, j’écris. Ce qui a d’abord pris la forme d’un désir est devenu un besoin, et les manuscrits s’enchaînent. Je me fais publier à deux reprises, dédicace à Bruxelles, au Furet du Nord. On m’invite à des remises de prix littéraire. Ma mère me rappelle que plus jeune, je tenais un carnet de poèmes, et écrivais les histoires avant de les jouer avec mes poupées. C’est une révélation : je serai écrivain. C’est ce que j’ai toujours eu dans le sang. Mais rares sont ceux qui vivent de leur plume. Alors, armée de courage, j’annonce la couleur à mes parents : je vais essayer d’avoir une place en licence de lettres, arts et édition à la Sorbonne. Avec ça, je serai libraire, éditrice, attachée de presse, qu’importe, du moment que cela touche à ma boulimie de livres.

Miraculeusement, je suis prise. Après six ans sans écrire la moindre dissertation, j’obtiens 15,4 de moyenne générale à mon premier semestre. Je m’enivre de connaissances, ai l’impression de retrouver une réflexion intelligente. Cette fois, j’irai jusqu’au bout, car au bout, il y a mon rêve, celui de ma vie. Si vous avez besoin de temps pour vous trouver, ce n’est pas grave, ce n’est pas du temps perdu. Je n’aurai qu’un conseil ; ne faites pas comme moi, et écoutez immédiatement votre cœur, pas votre raison.

Louise - bac S 2008