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Caroline HOURIET : bac 2013 avec une moyenne exceptionnelle de 21,18... Et après ?

Etudiante en maths sup, Caroline raconte ses premiers mois dans sa prépa de Louis-le-Grand

D 22 mars 2014     H 14:06     A     C 1 messages


La petite lettre qui change tout entre « prépas » et « trépas »...

Lorsqu’arriva le moment fatidique où APB ne me laissa plus le choix, où je devais me décider et valider mes vœux définitivement, je me rappelle avoir vu en quelque sorte ma vie défiler devant moi. Choisir une prépa peut avoir cet effet là sur un élève de constitution (à peu près) normale.

Flash-Back : Journées Porte-Ouverte. Moi petite provinciale venue des étendues planes du Nord gravissant pour la première fois la montagne Sainte Geneviève, ébahie devant la beauté des bâtiments, devant tant de savoir et d’histoire concentrés en un même endroit, et surtout devant le nombre de points de QI au mètre carré. Pour la première fois s’ouvrent devant moi les portes de grands lycées parisiens : Louis le Grand et Henri IV. Je prends mon courage et mon dossier à deux mains et me présente aux professeurs présents. A Louis-le-Grand, on me dit que j’ai toutes les chances de mon côté. En effet, j’ai un bon, voire très bon dossier. Mais lorsque je regarde autour de moi et vois les autres postulants, je me dis que ça n’est pas gagné. J’observe d’un air inquiet ces élèves qui parfois ont l’air d’une caricature mal dégrossie du matheux à lunettes avec toutes les caractéristiques d’une calculatrice, boutons sur le visage compris, et je me dis que si ce sont potentiellement mes futurs camarades de classe, alors je vais définitivement beaucoup m’amuser. Je pars avec une idée de la prépa assez pessimiste, des préjugés irréductibles et un point de vue plutôt sceptique sur ce qu’on me dit à son propos. On m’a raconté tout et n’importe quoi : du pire au meilleur, mais surtout du pire. Et pourtant je suis motivée, parce que je veux avoir un goût des vraies sciences, et que si je cherche une aventure intellectuelle, c’est là que je serai satisfaite.

Je reprends le train, toujours un peu indécise, mais avec une préférence nette tout de même pour Louis-le-Grand, où j’ai pu discuter avec des maths-sup charmants qui ont répondu à la plupart de mes questions avec discernement. A la question fatidique : « et au niveau ambiance ça se passe comment ? » on me répond toujours d’un air blasé : « oh, tu sais, l’ambiance, c’est ce qu’on en fait. Ca dépend des classes, mais pour moi ça se passe bien. » L’esprit de concours ? « Non, ça va, les gens sont globalement bienveillants. » Ils ont l’air bien nourris, ils sourient, pas de traces de coups visibles... j’aimerais les croire sur parole mais en toute bonne scientifique, je ne crois que ce que je vois. Et pour l’instant, ils ne me font voir que ce qu’ils veulent. Je me laisse le temps pour réfléchir.

Retour vers le futur : APB. J’hésite beaucoup, parce que je ne sais pas ce dont je suis capable : je sais qu’à Coubertin, on est choyés, accompagnés, on nous dit ce qu’il faut apprendre et on suit le programme, parce que l’important, c’est d’avoir le bac, de préférence avec une mention et que pour ça on est très forts. Mais je sais aussi qu’il existe tout un tas de types de lycées, et que peut-être que moi, je ne serai pas à la hauteur des ovnis qui en sortent... Soit. Je me dis ce qu’on m’a répété aux JPO : les professeurs savent ce qu’ils font et ne font pas souvent d’erreurs. Si on est pris, c’est qu’on nous estime capable. J’appuie sur « valider ». Les dés sont jetés, il n’y a plus qu’à prier pour qu’ils ne soient pas pipés...

Un an après, me voici donc bien installée à Louis le Grand. Des salles de physique de Coubertin on avait vue sur le cap Blanc Nez, maintenant c’est un autre monument que tous les jours je côtoie : le Panthéon et son groupe d’illustres Français, conservés au frais par le contribuable, me regardent travailler et dormir depuis ma chambre d’internat. Une « capsule » de sept mètres carrés tout confort avec bureau, lit (au dessus, aussi grand que le bureau), et lavabo, dans laquelle se trament de nombreuses aventures mathématiques, physiques, chimiques, musicales et sociales... Souvent je me pose et repense au chemin parcouru, et ce qu’il me reste à parcourir. Certaines de mes peurs se sont révélées fondées, d’autres pas... alors voici l’analyse que je propose, propre à Louis-le-Grand, ma classe de PCSI, et moi :

Personne ne le cache : oui il faut travailler. Et si au lycée, on travaillait déjà, eh bien en prépa, on travaille bien plus qu’au lycée. Mais je pense que c’est un peu comme ça dans toutes les filières qui vous amènent quelque part, qu’on veuille l’admettre ou non. Pour remettre les choses à leur place, c’est un travail différent, un travail de fond. Au lycée, on peut avoir une quantité faramineuse de choses à faire pour une journée, pour cinq matières différentes, et une bonne dose de DS à préparer pour le lendemain. Mais vous savez plus ou moins que si un jour, la page de votre agenda est vide, vous avez une soirée de vrai repos. En prépa c’est différent. Il y a moins de matières, et les devoirs ne sont pas explicites : même si vous n’avez pas de DM à rendre, vous savez que vous avez du travail, ne serait-ce qu’en essayant d’assimiler le cours de la journée. Et il y a les colles... dont personne ne remettra en cause l’utilité, car elle permettent aux élèves de se forcer à rester à jour dans toutes les matières même s’ils ont DS de physique à la fin de la semaine.

Sans trop généraliser, si on aime les sciences, on peut dire que les cours sont intéressants : les profs de prépa sont globalement exceptionnels, et passionnés par leur matière, et si vous n’étiez pas forcément convaincu par un sujet au lycée, ils peuvent lui donner un attrait complètement différent. Ils sont aussi bienveillants, enfin, pour ce que moi, jeune sup, j’en ai vu. Ils ne sont pas là pour démoraliser les élèves, ce qui serait contre-productif. Même si vous êtes au plus bas, ils vous donnent une chance pour refaire vos preuves, car chaque DS peut changer la donne. Sans être complètement des Bisounours, ils savent faire la part des choses, et être disponibles.

Mais s’il ne devait y avoir qu’une seule raison pour laquelle la prépa vaut le coup, ça serait une chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout : une ambiance vraiment positive, où tout le monde est là par intérêt pour les sciences, et non pas pour vous écraser. Les gens ont bien plus intéressant à faire. Pleine d’a priori, je me suis retrouvée dans une classe avec des camarades qui pour beaucoup se posaient les mêmes questions, avaient les mêmes appréhensions et une façon de penser similaire à la mienne. Avec le recul qu’un semestre écoulé m’autorise, je me dis moi aussi que l’ambiance, c’est ce que chacun des participants en fait, et que si tout le monde a toutes les raisons pour qu’elle soit aussi agréable que possible, alors elle le sera.

Plus spécifiquement, Louis le Grand, lycée situé en plein milieu du quartier latin à Paris, possède des classes préparatoires publiques littéraires, scientifiques (MPSI, PCSI) et économiques, la grande absente étant la BCPST. La sélection à l’entrée est assez forte mais dans le cas des scientifiques, elle l’est beaucoup moins pour le passage en deuxième année. Vous avez donc bon espoir, si vous vous en sortez correctement en sup (première année), de passer en spé (deuxième année). Le lycée propose quelques 330 places d’internat (mixte) qu’il distribue selon des critères sociaux, académiques et géographiques. Il est également possible d’être interne-externé, c’est à dire de manger matin, midi et soir au lycée, et d’être logé dans un foyer à proximité.

Je ne peux pas parler de toutes les prépas, ni me porter garante, si vous choisissez cette filière, de la réussite de la vôtre, car les choses changent d’une année sur l’autre et d’un établissement à l’autre. Mais si vous hésitez à choisir une prépa, posez vous cette question : qu’avez vous à perdre, si ce n’est un an, qu’avez vous à gagner, si ce n’est votre futur ? Dans le pire des cas, vous aurez appris quelque chose sur vous même et sur les sciences (ou les lettres), ce qui n’est jamais perdu si vous les aimez vraiment. L’avantage de la prépa, c’est qu’elle fonctionne sur le principe de la méritocratie, et non ce pseudo-élitisme qu’ont sans cesse ses détracteurs dans la bouche. Peu importent votre situation sociale, vos origines, vos réussites et vos échecs, vous arrivez devant le concours sur un pied d’égalité avec le reste de la France. Alors ne vous censurez pas ! Vous avez du potentiel, prouvez-le et donnez une raison à votre lycée d’être fier de vous !

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