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Questions - réponses : Pierre Péju face aux lycéens

Compte rendu de l’entretien des lycéens avec l’écrivain Pierre Péju

D 3 mai 2009     H 18:59     A I.Rembotte     C 1 messages


Ce matin-là, nous fûmes conviés à aller rencontrer Pierre Péju, auteur de romans qui nous avaient séduits. Nous retrouvions ainsi dans la salle Blanche, encadrés de nos professeurs de français respectifs et face à un homme d’une élégance certaine. Dans un premier temps, mon imagination oscillait entre chef d’orchestre et philosophe. Pas loin, car il avait enseigné la philosophie...

Marine : Pourquoi êtes-vous si pessimiste dans La petite Chartreuse, pourquoi êtes-vous si sombre ?
Pierre Péju dit qu’il a besoin d’explorer d’existence et la vie humaine. Il déclare que l’on peut bien sûr être préoccupé par le bonheur mais le malheur, les sujets plus sombres tels que l’accident, la cruauté ... nous importent également. Il met l’accent sur le fait que son oeuvre est sombre, mais ce n’est pas pour autant que lui-même est sombre. Il déclare qu’il a, comme tout le monde, une part obscure et une part de clarté. Selon lui, le fait que ses oeuvres soient sombres n’est fait que dans l’objectif de sensibiliser le lecteur. Mais il est convaincu que pour réussir à faire passer des scènes de drame, il faut une certaine froideur, un certain "coeur de pierre", même si cela n’empêche pas d’être ému avant et après.

Marine : Et pourquoi avoir choisi de faire disparaître "Le Verbe Être" dans un incendie ?
Pierre Péju : Il y a un rapprochement d’opposition entre la neige qui se pose et qui tombe délicatement, un manteau blanc et beau et la fumée noire, la couche épaisse et grasse qui rend les livres illisibles et sonne comme une menace. C’est la menace que plus rien ne puisse être lu, comme si les livres disparaissaient, et cette menace se réalise pour Vollard.

Marie : Avez- vous aimé le film qui a été réalisé de La petite chartreuse ?
Pierre Péju a répondu que oui, que l´adaptation était bien faite mais à ma grande surprise, il a ensuite ajouté que certains éléments importants du film ont été modifiés. Par exemple, la petite Eva parvient à survivre à la fin du livre et le libraire ne se suicide pas. Finalement le réalisateur n´est pas parvenu à complètement satisfaire l´auteur. Il a d´ailleurs ajouté qu´il accepterais volontiers une adaptation différente de son livre dans un nouveau film...

Marine : Pourquoi avoir choisi de faire mourir la petite Eva ?
Pierre Péju explique qu’il y avait une incompatibilité totale du trio, impossibilité de reproduire un schéma Maman Papa et petite fille. Cette mort s’est imposée à lui, il la regrette lui-même mais la tonalité du roman l’annonçait dès le départ, ça ne pouvait être autrement. Il a voulu creuser cette mort, les conséquences de l’absurdité de la vie : un accident.

Marine : Pourquoi avoir fait aussi complexe le personnage de la mère ?
Pierre Péju : C’est une femme qui n’arrive pas à s’assumer en tant que mère, elle fuit sans arrêt, j’ai réfléchi sur les difficultés à accepter un enfant non désiré.

Sophie : Mais pourquoi avoir fait de cette mère un personnage fuyant, incapable de rester auprès de sa fille ?
La réponse de Pierre Péju à ce sujet a été très brève en raison du peu de temps qu’il restait ! Il a créé Thérèse car sans elle, le roman n’aurait pas existé. Il était nécessaire d’avoir un personnage difficile pour créer le roman. Si elle n’avait pas été en retard, l’accident n’aurait jamais eu lieu et donc il n’aurait pas pu écrire cette œuvre. Ce qui aurait été dommage car sans elle, nous n’aurions peut-être pas eu la chance de rencontrer cet auteur !

Complément sur La petite Chartreuse : notes de Lucas

La première question doit être évoquée car comme entrée en matière, c’était plutôt vif. C’était une élève de 1ère : "Dans les remerciements de la Petite Chartreuse, vous indiquez Nietzsche, pourquoi ? Vous a t’il inspiré ?"

Monsieur Péju nous expliqua calmement que pour lui, Nietzsche était un très grand philosophe, et qu’en tant qu’ancien professeur de philosophie, il l’admirait beaucoup. Cependant il n’a sa place dans les remerciements que pour les citations empruntées tout au long du livre.

Ensuite une autre lectrice demanda quelle était la nature de la relation entre Etienne Vollard et Therèse.
La question amusa un peu notre invité et il répondit que ce n’était pas vraiment une relation d’amour mais plutôt l’esquisse d’un espoir, une rencontre entre deux solitudes.

On a eu aussi des questions sur le suicide de Vollard.
C’est alors que l’écrivain nous expliqua qu’il avait lui même vu des jeunes gens sauter à l’élastique et qu’il fut impressionné par cette part de folie dans ce geste. De plus, pour lui, le suicide de Vollard était évident, logique, la vie de son personnage n’étant qu’errance, il arrivait à un point qu’il compare au suicide des stoïciens, l’instant où l’homme sent qu’il doit partir, qu’il n’a plus d’utilité.

Enfin on questionna sur le pourquoi du narrateur, ce personnage extérieur et intérieur en même temps à l’histoire.
Pierre Péju nous explique qu’il n’y a pas vraiment de pourquoi, il le fallait. C’était aussi pour éviter la technique du flash-back narratif qui est difficile et peu esthétique dans une histoire. Après toutes ces réponses notre vision du livre est modifiée ...

Sur Le Rire de l’ogre :

Jodie : Pourquoi avoir présenté la mort de Clara si rapidement ? Pourquoi ne pas avoir attaché autant d’importance à son accouchement qu’à son pseudo avortement ?
Après un long moment d’hésitation, Pierre Péju répond que c’est une question intéressante mais que celle-ci lui pose problème. Il ne sait que répondre à ma question. Il me dit qu’il écrit par pulsion et qu’il ne voulait pas s’attarder sur la mort de Clara, que c’était ainsi qu’il avait voulu que l’histoire se termine.

Sur Cœur de pierre

Laurine : Vous retrouvez-vous dans un de vos personnages ou particulièrement à travers Jacques Larsen, dans Coeur de Pierre ?
Pierre Péju répond qu’il se sent proche de Jacques Larsen par son âge et ses aventures. Pourtant Coeur de Pierre n’est pas autobiographique,un roman reste tout de même fictif ! Cependant, on peut voir une certaine ressemblance quand Larsen découvre qu’il a un coeur de pierre et quand Péju doit faire preuve de froideur lorsqu’il écrit une scène dramatique ou pleine d’émotions. De plus, Pierre Péju éprouve bien de l’empathie pour tous ses personnages, il est donc capable de les comprendre de l’intérieur quels qu’ils soient, il peut aller du côté obscur en les écrivant. Car même si le texte est fantastique, chaque personnage a une force en lui. Larsen comme Péju décrivent des personnes de papier mais utilisent des milliers de détails dont ils ne sont pas conscients : ils ne se rendent pas toujours compte qu’ils éclairent la littérature et la lecture et que les personnages n’existent que par l’écriture de l’écrivain par des adjectifs, des gestes... Finalement, cette réponse est assez semblable à celle qu’avait fournie Pierre Assouline, à savoir que l’auteur a de l’empathie avec tous les personnages et qu’il y a une part de lui dans chacune de ses créations. Ainsi Péju cite-t-il un personnage abominable dans le Rire de l’Ogre à qui il a donné une certaine humanité afin qu’on puisse comprendre ce personnage de l’intérieur.

Paul Fermé : Après avoir lu Coeur de Pierre, une question me trottait dans la tête : pourquoi donner le nom de Larsen au personnage principal, alors que le rapport entre le personnage et le signification de ce mot est étrange a première vue ? En effet, un larsen est un bruit assez désagréable qui survient lorsqu’on approche de trop près un micro de sa sortie (enceintes, stéréo, ...). J’ai donc profité de cette rencontre avec Pierre Péju pour trouver la réponse à ma question, et même sur un plan plus large :
Comment un auteur choisit-il les noms de ses personnages ?

Pierre Péju m’a répondu qu’en règle générale, les noms de ses personnages s’imposaient d’eux-mêmes, de telle sorte qu’il avait rarement la peine de choisir un nom arbitrairement, ce qui, je trouve, est une bonne chose. Dans le cas précis de Larsen, il avait effectivement un rapport entre cet écrivain et le bruit désagréable d’un larsen. Pour le comprendre, il faut tout d’abord rappeler qui est exactement Larsen : c’est un écrivain qui tombera à la rencontre des personnages qu’il a créés sans en avoir eu l’intention. Ainsi, le "créateur" des personnages, ce qui correspond donc à la source, donc au micro, va à la rencontre de ses "créations", donc ce qui sort de lui, donc le son qui sort d’un micro, et cela crée quelques "problèmes", "interférences", comme le bruit appelé larsen. Contrairement à ce que certains diraient, tout a l’air d’avoir prévu et organisé dans ce livre, et je sortis donc satisfait de cette rencontre.

Angélique : Comment avez-vous eu l’idée d’un tel scénario ?
Pierre Péju a répondu qu’un auteur n’avait pas toujours le choix, qu’il n’était pas le maître et que pour Coeur de pierre il s’était laissé porté au fil de son écriture.

Dans les dernières minutes, une curieuse question fut posée : "Pour vous, est-ce que la littérature peut être une fenêtre ouverte sur le monde ?"... Cette question l’ayant surpris Pierre Péju y répondit le plus simplement du monde " oui, bien sur ". Il ajouta tout de même que chaque livre est une porte vers une époque, un lieu et une histoire.

Voilà, c’est ainsi que se déroula notre entrevue avec Pierre Péju. A la fin de la rencontre, quelques élèves se plaignaient qu’il répondait assez vaguement aux questions, mais ne serait-ce pas les questions qui étaient incomplètes, trop vagues et approximatives ?... Et puis pour un chef d’orchestre il parle bien ...

1 Messages

  • Pierre Péju m’a été très utile.Je n’arrivais pas à trouver d’idée pour une dissertation que j’avais à faire. Or, du point de vue de Pierre Peju, "la littérature est en effet une fenêtre ouverte sur le monde, tous les livres ont une ouverture sur le monde,la littérature est une gigantesque biblothèque" ;

    (Info à part : Le roman de Pierre Peju "Coeur de pierre" ne s’appelait pas ainsi avant sa publication, Monsieur Péju l’avait appelé "Clairière", c’est un jeu de mot qui est en rapport avec le personnage Clara et les lieux lumineux ou se passent les chapitres du livre !!!!)