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Journée de l’écrivain 2009 : rencontre avec Pierre ASSOULINE au lycée

Deux cents collégiens et lycéens rencontrent l’écrivain Pierre Assouline le vendredi 16 janvier à Coubertin

D 23 janvier 2009     H 14:59     A I.Rembotte     C 1 messages


La journée de l’écrivain a permis cette année à près de deux cents collégiens et à une cinquantaine de lycéens de rencontrer l’écrivain Pierre Assouline, dont le roman La Cliente a été lu par tous ces jeunes gens. Ce sont les élèves du collège Vauban qui ont ouvert la série de rencontres et se sont illustrés par des questions fines et pertinentes (Merci Anastasia et Justine… entre autres !). Puis sont arrivés les nombreux collégiens de Jean Monnet et Jean Jaurès qui ont su, malgré leur nombre, participé à un entretien riche et varié. Juste avant la pause de midi, les lycéens se sont montrés les plus réservés et les plus intimidés… curieusement. L’après-midi a été de nouveau bien animé grâce aux collégiens du collège République et de Blériot. Tous ont pu confronter leur vision de l’œuvre lue à ce qu’en pensait l’auteur et ont pu même le surprendre en l’interrogeant sur tellle phrase précise.

Compte rendu de la rencontre avec Pierre Assouline rédigé par les lycéens

Ce vendredi 16 janvier de l’an 2009, nous avons eu la chance et l’honneur (oui, oui !) de rencontrer l’écrivain Pierre Assouline au lycée. L’entretien fut intéressant mais aussi plein d’humour ; ce qui a rendu l’atmosphère plus détendue. Et nous avons pu le bombarder de questions.

Vous identifiez-vous à votre personnage principal ? Pierre Assouline nous livre d’abord que La Cliente est son premier roman et qu’il a forcément mis de lui-même dans ce premier roman : comment pourrait-on créer une histoire sans puiser dans la sienne ? Et un novice tombe plus facilement encore dans ce piège qu’un écrivain confirmé. Or, en 1998, Pierre Assouline publiait son premier roman. A l’origine biographe, il s’identifie au narrateur biographe aussi, et en fait à tous les personnages du livre. Dans le cadre de cette identification partielle, il ressent de l’empathie pour ses personnages, il les aime.

Quelle était votre impression lorsque vous avez achevé ce roman ? Avec un humour que nous goûtons tous, forcément, Pierre Assouline répond : « Quel est le génie qui a écrit un truc pareil ? »… Il ajoute toutefois qu’écrire un livre est très fatigant, il déclare « aimer moins écrire qu’avoir écrit ». Quand il écrit, il est porté par la grâce, heureux mais pour le moins fatigué. Il déclare être « heureux d’avoir fini ce travail de deux ou trois ans ». Lorsqu’il a fini, c’est comme un poids enlevé, on se sent soulagé, on a l’impression de « se débarrasser » de quelque chose. Mais on ne se sent pas forcément satisfait de son travail. Notre hôte utilise alors une comparaison surprenante mais qui plaît bien à Lucas : « Un écrivain est enceint d’un livre, pas pendant neuf mois -évidemment- mais pendant trois ans ». Donc lorsqu’un écrivain achève son livre, il a un « coup de blues » ; c’est pour cela que certains d’entre eux enchaînent livre sur livre pour ne pas ressentir de la tristesse.

Vous attendiez-vous à obtenir un tel succès ? Pierre Assouline ne s’était pas attendu à un tel succès. Il avait pensé au pire et aux critiques. Mais d’après lui, l’indifférence des critiques est pire que tout. C’est quelque chose d’inévitable même pour quelqu’un de connu. Personne n’est à l’abri : il en est aujourd’hui à son sixième roman mais ne sait toujours pas à quel succès s’attendre.

Qu’est-ce qui pousse à écrire un roman ? Pierre Assouline nous confie ne pas savoir pourquoi il a été amené à l’écriture de La Cliente. On ne trouve la réponse qu’après avoir écrit, cela peut prendre des années. La vraie explication est qu’il n’y en a pas. Un roman n’est pas une idée, c’est un désir. L’important, c’est ce qui nous pousse à l’intérieur de nous. Il dit qu’un roman est différent d’une idée mais c’est le désir qui nous pousse à aller dans une direction. Le mystère est alors enfoui à l’intérieur du romancier, et c’est grâce à l’introspection que, quelques années plus tard, il peut découvrir pourquoi il a écrit un tel livre.

Pourquoi le narrateur n’a-t-il pas de nom ? Pierre Assouline a malencontreusement oublié de lui donner un nom, il ne s’en est aperçu qu’en relisant son livre, alors il n’a pas voulu modifier. Pour lui, s’il n’a pas de nom, c’est parce qu’il ne devait pas en avoir, peut-être est-ce un signe du destin ?

Pourquoi avez-vous écrit une histoire si triste ? Sans doute la période de l’Occupation, le thème de la dénonciation, la déportation et la mort ne sont-ils pas des thèmes très gais. Néanmoins le jugement revient aux lecteurs. C’est un livre optimiste si le lecteur trouve une leçon à en tirer. D’après Assouline, la vie n’est pas toute noire ou toute blanche, le manichéisme n’est pas de mise ici : en prenant l’exemple de la cliente, on peut se rendre compte que derrière cette dénonciation se trouve une raison. « On est la somme de tout ce qu’on fait », ajoute Assouline, et Perrine trouve cette idée tout à fait pertinente.

Est-ce l’histoire de votre famille qui a nourri ce roman ? Non, sa famille n’a pas été touchée personnellement, mais en revanche, sa belle-famille l’a été. Mais peu importe : ce livre a une portée universelle. Ainsi, il a reçu un prix polonais décerné par les étudiants de Varsovie. Pierre Assouline leur a demandé pourquoi ils l’ont choisi et ils lui ont simplement répondu que c’est parce que ce livre parle d’eux. De même, les détenus de Rennes lui ont remis le prix des lecteurs de leur maison d’arrêt puisque leurs journées sont rythmées par les dénonciations entre co-détenus. Or, La cliente ne se passe ni en Pologne, ni à Rennes… Alors pourquoi se sont-ils reconnus dans cette histoire ? parce que la dénonciation concerne toutes les époques, pas seulement l’Occupation. Pierre Assouline en déduit donc qu’ « un roman atteint son but quand le thème est intemporel et universel » alors qu’il ne se passe que sur quelques années dans un quartier de Paris. Il cite d’ailleurs un écrivain portugais, Miguel Torga : « L’universel, c’est le local sans les murs ».

Quel rôle joue le miroir dans votre roman ? Le miroir dans ce livre a une place importante et symbolique. En effet, on ne peut pas fuir son passé, il nous rattrape un jour ou l’autre à la figure comme le reflet que l’on a dans un miroir. C’est ce qui explique que la cliente refuse tous les miroirs, elle refuse son passé.

Aviez-vous prévu la mort de la cliente ? Pierre Assouline ne prévoit jamais ce qui va se passer à la fin, c’est en écrivant qu’elle arrive. On ne sait jamais comment ça va se finir, on se sent emporté dans notre élan d’écriture. Par exemple, la dernière phrase du livre est improvisée.

Et à propos du « devoir de mémoire » ? Si la mémoire est un devoir, alors cela devient une contrainte. On ne peut pas obliger les gens à se souvenir. Le travail de mémoire doit se faire naturellement. Par exemple, François Fechner pense qu’il y a un temps pour tout, cela ne signifie pas forcément pardonner, mais il tourne la page, il veut aller de l’avant. Son point de vue fait contraste avec celui du narrateur, qui veut que la vérité éclate au jour, qui veut que les choses soient dites. Pierre Assouline a de la compréhension et de la compassion pour François Fechner ET pour le biographe. Dans cette histoire il a été un peu de l’avis des deux personnages.

Concernant les lieux et les noms des personnages ? Aussi funeste que ce soit, il cherche les futurs noms de ses personnages dans des avis de décès « pour ne pas être harcelé ». Il affirme que c’est assez drôle de chercher des noms mais c’est aussi dangereux car il a déjà reçu plusieurs lettres de personnes ne comprenant pas pourquoi il prenait leur nom et pas un autre, ce manque de compréhension est assez embarrassant.

Il est 12h40 -et on a un peu faim- et nous perdons notre invité un peu brusquement, non qu’il fît un arrêt cardiaque ( non, non !!!) mais M. le Proviseur, nous supposant affamés et l’étant peut-être lui-même, met fin à l’entretien. Cette rencontre a été très enrichissante, intéressante, pleine d’anecdotes. Monsieur Assouline n’a pas peur de dévoiler ce qu’il pense, ce qu’il ressent et nous sommes tous enchantés d’avoir pu discuter avec lui. Alors MERCI PIERRE ASSOULINE !

Joséphine, Lucas et Perrine, 2nde Bleue

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  • Vendredi, le 16 janvier,pendant que j’étais à Calais à effectuer un stage de perfectionnement au Lycée « Pierre de Coubertin », j’ai eu la chance d’assister à une activité aussi intéressante qu’éducative : la recontre des élèves de quelques collèges et du lycée “Pierre de Coubertin”avec l’écrivain Pierre Assouline. La discussion s’est déroulée autour du roman « La Cliente », que les élèves avaient tous lu d’avance.

    Esprit ouvert, l’écrivain a su s’approcher les élèves de manière que les questions de ces derniers furent sincères et pertinentes à la fois. Pas de formalisme, pas de pauses inutiles, le charismatique et charmant Pierre Assouline a traité les élèves en vrais lecteurs et les a régalés à la fin d’autographes. Intelligente manière d’éveiller dans la jeune génération le goût pour la littérature en général et pour la littérature contemporaine française en particulier.

    Angela Marcu, professeur de français au Lycée Théorique « Miron Costin »-Iassy, Roumanie